- Louis PERGAUD
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Louis
Emile Vincent est né le 22 janvier 1882 à Belmont
(Doubs) et il est décédé le 8 avril 1915.En
juillet 1898, Louis PERGAUD, âgé de 16 ans, est
reçu premier au concours d'entrée à l'Ecole
Normale. Pendant 3 ans, il apprendra le métier auquel
son père l'a destiné. Il perd ses parents à
l'âge de 18 ans.
LA BIOGRAPHIE
L'Instituteur - A Paris - La Guerre
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L'INSTITUTEUR
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Le 30 juillet 1901, Louis PERGAUD sort de l'Ecole Normale 3ème
de sa promotion. Il est nommé à D'urnes pour la
rentrée d'octobre. Fin 1903, il épouse une institutrice.
Son enthousiasme pour l'enseignement n'est pas grand. La poésie
lui prend de plus en plus de temps. C'est aussi l'époque
où Léon DEUBEL s'installe chez les PERGAUD. Louis
est ravi, émerveillé. Mais Madame PERGAUD accepte
mal la présence du poète. Ce sera un point de discorde
qui rapidement envenimera les rapports entre les deux jeunes
mariés. DEUBEL aide PERGAUD à mettre au point son
premier recueil de poésies "L'Aube" qui paraîtra
en avril 1904. Il a 22 ans. Son mariage est un échec.
Sa fragilité morale lui fait envisager le suicide. Mais
les lettres de DEUBEL le retiennent quelque peu. Les relations
avec la population locale se détériorent. Comme
son père, il doit abandonner son poste. La rentrée
1905 le conduira, avec sa femme, à Landresse.
- Les tensions entre l'Eglise et l'Ecole
républicaine sont vives à Landresse. On est en
pleine affaire de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
PERGAUD se retrouve face à tous les ennuis possibles.
Et puis, une maison lui ouvre grand sa porte : celle de Jules
DUBOZ. Ce cordonnier-cafetier, jovial, malicieux, d'une grande
intelligence, a vite sympathisé avec ce jeune instituteur
triste et apparemment désemparé. Louis PERGAUD
se plaît à écouter les récits truculents
de ce conteur né qu'est le "Papa DUBOZ". Jules
DUBOZ a des enfants. Parmi eux, une jeune fille de 23 ans, Delphine.
Douce, calme, simple, compréhensive, admirative, elle
possède toutes les qualités propres à épauler,
à consoler, à épanouir l'écrivain
naissant qui n'a pas encore trouvé sa véritable
voie. Louis PERGAUD a compris. Son ami DEUBEL le réclame
auprès de lui à Paris depuis si longtemps ! Il
se forge un nouveau destin. Sa vraie vie va commencer. Il efface
ses années de souffrance morale. Il saute le pas : en
août 1907, il prend le train pour la capitale, le coeur
plein de sa Franche-Comté natale et de l'amour de Delphine.
L'espoir d'une réussite au fond de lui-même, Louis
PERGAUD va retrouver son maître littéraire, Léon
DEUBEL. Cette amitié, c'est sa force du moment.
A PARIS
Louis PERGAUD travaille à la Compagnie des Eaux. Dès
septembre 1907, il demande à Léon BOCQUET, directeur
du "Beffroi", le moyen de publier son deuxième
recueil de poésies qui paraîtra au printemps 1908
: "L'Herbe
d'Avril". Mais la grande affaire,
c'est l'arrivé de Delphine. Ils s'installent rue de l'Estrapade
avec... DEUBEL. Le côté bohème du poète
gêne le nouveau couple. Discrète, Delphine s'arrange
pour ouvrir les yeux à Louis. Un jour, DEUBEL comprendra
qu'il est de trop et le ménage se retrouvera enfin libre
de vivre pleinement son union.
- Le 2ème recueil a introduit PERGAUD
dans les milieux littéraires. Magnifiquement encouragé
par Delphine, l'écrivain se lance à plume perdue
dans l'écriture. Conscient de ses limites poétiques,
il se tourne vers le récit animalier qu'il sent bouillir
en lui. Il travaille ferme. En novembre 1909, il redevient enseignant
pour avoir davantage le temps d'écrire. Les bêtes
de sa Comté revivent tout au long des pages qu'il remplit
; ses yeux se noient dans les souvenirs de ses courses champêtres
et forestières; son esprit rallume les récits tant
de fois répétés de Papa DUBOZ. En juillet
1910, il épouse Delphine. En août, le "Mercure de France" publie
"De Goupil à Margot" qui passe dans les mains
des membres de l'Académie Goncourt.
- Le 8 décembre 1910,
le prix Goncourt, 8ème du nom, est attribué à
Louis PERGAUD, après 3 tours de
scrutin. Il a 28 ans. Son premier livre est couronné.
PERGAUD prend sa revanche sur la vie. "De Goupil à
Margot" va battre des records de vente. C'est plus qu'un
succès : c'est un triomphe ! Cette consécration
lui apporte l'aisance. En
1911, il récidive dans le genre avec "La Revanche
du Corbeau" qui connaît un succès moindre.
- 1912, c'est l'année
de "La Guerre des Boutons" qui fera connaître Landresse
sous le nom de Longeverne. Une bouffée de fraîcheur
juvénile, une épopée savoureuse, un plaisir
pour le lecteur retrempé dans une enfance saine et vigoureuse.
- 1913 : "Le Roman
de Miraut" le hisse d'un cran dans
le monde littéraire. Louis PERGAUD a affûté
son style, trouvé son rythme. Sa sève, c'est son
terroir. Dans l'ombre, Delphine joue son rôle : elle est
là ! Sa présence équilibre, rassure. L'écrivain
trouve la maîtrise totale de son talent grâce à
sa femme. Il en est pleinement conscient, puisqu'il écrit
: "Si je dois passer à la postérité
un jour, je veux que nos deux noms soient unis dans la gloire
comme nos deux coeurs l'auront été dans la vie".
- Mais l'année 1913 est soudain obscurcie
par une terrible nouvelle : Léon DEUBEL s'est jeté
dans le Marne ! Ces douloureux moments vont freiner l'oeuvre
créatrice de Louis PERGAUD. Durant plusieurs mois, il
se consacrera uniquement à défendre la mémoire
de son si cher ami. En vacances à Landresse, il met au
point un recueil, choix de poèmes de DEUBEL, sous le titre
"Régner".
- Alors il se penche sur un ensemble de
nouvelles villageoises où sont croqués les paysans
de son plateau avec une précision qui n'a d'égal
que le talent de la mise en scène. Toute la vie franc-comtoise,
dans ses aspects les plus divers et les plus cocasses, est évoquée
humoristiquement. Les personnages sont vrais, ni enjolivés,
ni enlaidis, à peine transposés. De plus, ils évoluent
dans une atmosphère et des paysages qui sont bien ceux
de Landresse d'avant 1914. Ces contes sont remis à monsieur
VALLETTE, directeur du "Mercure de France", durant
l'été 1914. Ils doivent être publiés
sous le titre "Les Rustiques".
LA GUERRE
Mais l'ordre de mobilisation
tombe. Louis PERGAUD est envoyé à Verdun. Il est
raisonnablement confiant. D'abord au dépôt, il voit
passer les premiers blessés, les premiers prisonniers,
les premières erreurs, d'un conflit qui va s'éterniser.
En octobre, il est au front, dans la région de la Woëvre.
Il observe, il prend des notes, il accumule les impressions :
il ne restera pas muet. Il assiste à un carnage horrible
où le courage des combattants est souvent anéanti
par des ordres d'une opportunité douteuse : il témoignera
dans un livre de guerre qu'il se promet d'écrire. Mais
les semaines passent, et de nombreux pressentiments l'envahissent.
- Le soir du 7 avril 1915, il reçoit
l'ordre d'attaquer la côte 233 de Marchéville, dans
la nuit, à 2 heure du matin. Il pleut. Le sous-lieutenant
PERGAUD, à la tête de ses hommes, sort de la tranchée
de départ. On franchit deux rangs de fils barbelés,
à quelques mètres de la tranchées ennemie.
Une fusillade nourrie les accueille et décime les assaillants.
PERGAUD, blessé au pied, demande à ses soldats
de poursuivre l'offensive. Aux premières lueurs du jour,
les rescapés peuvent se replier. Leur chef n'est pas avec
eux. Les brancardiers allemands transportent les blessés
qui sont déposés derrière les tranchées,
dans l'attente d'une prochaine évacuation. C'est ce moment
que choisit l'artillerie française pour bombarder les
lignes adverses. La première salve déchiquète
les blessés. Une mort atroce pour tous ces hommes (parmi
lesquels peut-être Louis PERGAUD), qui n'auront pour tombe
que la boue de la Woëvre.
- A 33 ans, l'auteur de "La guerre
des boutons" disparaissait en pleine gloire littéraire
naissante. Que nous réservait-il ? "Lebrac Bûcheron"
était en chantier. "La grande équipée
de Mitis", roman d'un chat, était prévu. "Le
journal des 12 lunes de la forêt" aurait été
un vaste panorama de la vie animale, justifiant ainsi le surnom
de "Balzac des bêtes" attribué à
l'écrivain. Mais à quoi bon cette énumération
? Son oeuvre réalisée, si courte soit-elle, suffit
à maintenir son nom au firmament de la littérature.